Le Diable au cœur

« Qui veut manger avec le diable doit avoir une longue cuillère »
Proverbe allemand

Comme chaque année, la tournée d’été 2010 de la Choucrouterie est allée de villes en villages présenter un nouveau spectacle où chants, cirque, danses classiques, hip-hop se mêlent pour le plus grand plaisir de tous.

Roger Siffer, Cookie Dingler, Cathy Bernecker, Marie Chauvières, Suzanne Mayer, Virginie Schaeffer, Sabrina Rauch, Fayssal Benbahemed, Lucie Rivaille et bien d’autres nous entraînent , de chants démoniaques en textes lucifériens, de danses infernales en musiques de Satan…

Purim, les tunnels de la Mémoire

Autriche, Linz 2009 – Capitale européenne de la culture. Un Purimspil, l’ancêtre du théâtre juif, est mis en scène par le grand dramaturge israélien David Maayan dans les tunnels creusés par les prisonniers du camp de concentration de Mauthausen, et joué pendant Purim, le carnaval juif. Un documentaire d’observation sur les coulisses d’une pièce de théâtre peu conventionnelle et son travail de création autour de la mémoire

Le parlement de musique

De Franz Xavier Richter sera donné un Te Deum inédit, sauf erreur, dans lequel nous saurons retrouver les qualités d’un compositeur qui a su concilier la rigueur du contrepoint hérité de Fux, le brillant de l’École de Mannheim et les foucades propres à ce courant venu d’Allemagne du Nord que l’on nomme Empfindsamer Stil (« style sensible »), prompt aux changements d’éclairage imprévisibles destinés à traduire le flux et le reflux des passions. Il ne fait aucun doute que Martin Gester, qui sait conjuguer, dans les répertoires qu’il aborde, élan, ferveur et subtilité, devrait faire merveille dans des œuvres où l’idiome classique est plus chahuté qu’on ne le croit. Il convient de saluer au passage la ténacité de ce chef, qui s’attache, avec beaucoup de détermination, à faire connaître les compositeurs actifs à Strasbourg au XVIIIe siècle, tels Jacques Antoine Denoyé (Messe à grand chœur et symphonie, Ambronay, 2008) ou, justement, ce Richter incompréhensiblement négligé par les interprètes, quand les quelques œuvres qui surgissent ponctuellement au catalogue d’éditeurs courageux prouvent qu’il s’agit d’un compositeur passionnant, comme l’atteste l’impressionnant Fuga e Grave en sol mineur qui illustre ce billet, trop marqué par l’Empfindsamer Stil pour être, à mes yeux, attribué à Hasse.

Vêtir ceux qui sont nus

Une jeune femme rate son suicide, mais séduit les journaux par le récit de ses malheurs. Cette notoriété inattendue attire à elle un écrivain en mal de romanesque. À peine Ersilia a-t-elle le temps d’assister à sa transformation en icône médiatique et en héroïne littéraire qu’elle est prise au piège de ses propres mensonges : les protagonistes de son passé viennent contester le personnage que tous voient désormais en elle…

Comme souvent chez Pirandello, un abîme de culpabilité est à la racine des événements, mais cet abîme insondable ne livre aucune vérité malgré l’acharnement des personnages à fouiller leurs plaies.

Les trois sœurs

Dans une petite ville de garnison à la fin du XIXe siècle, l’existence presque sans horizon de trois jeunes femmes, arrivées là dans les bagages de leur père commandant de brigade, et qui rêvent de retourner dans la ville de leur enfance, Moscou – un rêve marqué du sceau de l’illusion qui maintient en vie. Tandis que l’élan vers l’avenir des personnages masculins s’enlise dans la conversation de salon, l’univers des sœurs suinte l’impuissance et la frustration, la sensation désespérante qu’elles appartiennent à un monde qui meurt et qu’elles ne pourront pas changer : elles n’auront pas la force par exemple d’empêcher leur belle-sœur d’instaurer le nouvel ordre petit-bourgeois dans la maison des vieux idéaux humanistes, car elles ne savent pas à quels nouveaux idéaux se vouer.

L’enfant rêve

Tableau idyllique : un enfant dort sous les yeux de ses parents attendris. Brusquement, des soldats font irruption, menés par un commandant sardonique. La guerre entraîne le petit garçon et sa mère dans la fuite et l’exode. À toutes les étapes, ces questions : comment survivre, pourquoi ? A quel prix ?

Mais pour aborder ces thèmes tragiques, le dramaturge israélien Hanokh Levin, disparu prématurément en 1999, ne se refuse ni l’humour le plus grinçant, ni la fantaisie. Des scènes presque comiques cohabitent avec des fragments reconnaissables de l’histoire du XXe siècle, comme en un kaléidoscope terrifiant.

Brand

« Tout ou rien » : l’aspiration du pasteur Brand à une vie juste ne peut souffrir de limitation. Il est prêt à tout pour être fidèle à son idéal, emmenant mère, femme et enfant dans la tornade de ses sacrifices. Mais qu’est-ce que cette guerre qu’il mène contre la médiocrité d’un petit monde perdu au fond des fjords ? Un rappel héroïque à la nécessité de s’élever ? Ou un extrémisme dangereux, porteur de destruction ? Le désir de Brand d’être un sauveur ne cache-t-il que sa volonté de puissance ?

Cette pièce monstre, au cœur des contradictions politiques et éthiques d’Ibsen, laisse en suspens les réponses.

La famille Schroffenstein

Les Warwand et les Rossitz, branches ennemies de la lignée des Schroffenstein, se soupçonnent mutuellement de vouloir exterminer les descendants de la branche adverse pour jouir pleinement de l’héritage familial. Dans un crescendo de haine, chaque offre de paix se retourne catastrophiquement en une nouvelle occasion de violence : plus personne ne parvient à distinguer la situation réelle du fantasme qu’il en a. Et lorsqu’Ottokar, de la maison Warwand, et Agnès, de la maison Rossitz, tombent amoureux l’un de l’autre, c’est avec la terreur fascinée de qui se sait charmé par son plus mortel adversaire…

C’est en 1801, dans une Europe en guerre, que Kleist composa sa première pièce.

Le Misanthrope

C’est avec la troupe du TNS que Stéphane Braunschweig a choisi de se confronter, pour la première fois, au répertoire classique français.

Il voit en Philinte et Alceste les deux faces d’un même personnage, tiraillé entre la nécessité d’être adulte et la difficulté de le devenir. C’est peut-être d’ailleurs cette immaturité que le Misanthrope partage avec Célimène : le « tout ou rien » d’Alceste trouvant son pendant exact dans l’incapacité de celle-ci à assumer un choix… Ce que nous raconterait alors cette histoire d’amour impossible, c’est la difficulté pour chacun de s’adapter à la réalité.

TARTUFFE de Molière

Tartuffe est une pièce où on sent que tout est déjà traversé par un passé, un passif. On peut bien sûr prendre la pièce dans son abstraction, mais on peut aussi essayer de voyager dans ce qui traverse les personnages et ce pourquoi ils en sont arrivés là. C’est une pièce qui commence dans la crise.

L’ENVERS DES OMBRES

Japon, Afrique du Sud, Mexique… Depuis 20 ans, la Compagnie Amoros et Augustin présente son « Théâtre d’ombre » dans le monde entier. Sans jamais déroger à la règle, ils créent chaque spectacle en renouvelant complètement les techniques de narration et de production d’images.
Le documentaire de Roland Muller retrace la chronique, sur une vingtaine d’années, de cette création « en lumière  et en mouvement ».